Saint-Denis : la guerre des chapelles autour de la reconstruction de la basilique

Saint-Denis : la guerre des chapelles autour de la reconstruction de la basilique

Le maire LFI de Saint-Denis conteste l'élection de Stéphane Bern à la présidence de l'association pilotant le chantier de la basilique royale. En jeu : le contrôle politique d'un dossier patrimonial de 38 millions d'euros.

C'est un vote qui tourne au clash institutionnel. Vendredi 24 juillet, l'association "Suivez la flèche" a porté Stéphane Bern à sa présidence, avec 17 voix sur 27 administrateurs présents. Problème : le maire de Saint-Denis n'a pas voulu y assister. Bally Bagayoko, élu en mars sous les couleurs de La France insoumise, avait quitté la salle avant le scrutin, entraînant dans son sillage plusieurs membres de sa majorité.

Quatre jours plus tard, l'édile passe à l'offensive. Dans un communiqué diffusé ce mardi sur X, il évoque des "manœuvres" orchestrées, selon lui, par un ancien maire de la ville, avec l'appui de hauts fonctionnaires de l'État. Sa formule ne laisse guère de doute sur ses intentions : il se réserve la possibilité de porter l'affaire devant la justice. Concrètement, la mairie annonce qu'elle boycottera le nouveau bureau et se désolidarise par avance des décisions à venir.

Un fauteuil disputé depuis dix ans

L'enjeu dépasse la simple procédure associative. Depuis la création de "Suivez la flèche" en 2016, la présidence était systématiquement revenue au maire de Saint-Denis en exercice. Patrick Braouezec, puis Mathieu Hanotin — le socialiste battu par Bagayoko en mars — avaient tour à tour occupé le poste. Avec Bern, la tradition tombe. Contacté par l'AFP, Hanotin balaie les accusations d'irrégularités et dit sa lassitude face à une polémique qui, selon lui, aurait dû rester à l'écart d'un projet censé rassembler.

Bern, de son côté, botte en touche. Il assure que le vote s'est tenu sous le contrôle du conseil juridique de l'association et refuse d'entrer dans la controverse. L'animateur avait déjà expliqué avoir été poussé à se présenter par l'État, propriétaire du monument — un argument qui, en creux, souligne le poids de Paris dans ce dossier local.

38 millions d'euros et une flèche à relever

Derrière la bataille de pouvoir, un chantier concret : la reconstruction de la flèche de la basilique, détruite par la foudre en 1837, ainsi que de la tour nord. La première pierre a été posée début 2025 pour un budget total de 38 millions d'euros, dont il manque encore 4 à 4,5 millions selon le directeur général de l'association, Nicolas Matyjasik. Bern, fort de son expérience  sa mission patrimoine lancée en 2018 par Emmanuel Macron revendique 365 millions d'euros mobilisés et 500 sites restaurés  entend justement se servir de sa notoriété pour attirer mécènes et visiteurs sur ce site où reposent 40 rois et 26 reines de France.

Reste à savoir si le bras de fer entre l'Insoumis et l'animateur ralentira le calendrier des travaux, ou si la justice sera effectivement saisie comme le laisse entendre la mairie.

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